«Je me sens mieux avec les gens de ma couleur» La directrice d'un salon de coiffure jugée pour discrimination à l'embauche.
Economie
«Je
me sens mieux avec les gens de ma couleur»
La directrice d'un salon
de coiffure jugée pour discrimination à l'embauche.
Par Nicolas
de la CASINIERE
vendredi 23 juin 2006
Nantes de notre correspondant
La patronne du salon de coiffure préférerait qu'on retienne qu'elle «se sent plus à l'aise avec des personnes du coin». Pour ne pas s'entendre dire qu'elle est raciste et qu'elle a bel et bien refusé d'embaucher une employée titulaire d'un CAP de coiffure parce qu'elle était noire. Jugée en correctionnelle, elle hésite entre agacement et mauvaise foi.
Le 22 novembre dernier à Châteaubriant (Loire-Atlantique), Clairmise se présente au salon Actuelle coiffure. Elle est française d'origine haïtienne. La patronne, Huguette Rivaud, rétorque illico qu'elle ne cherche personne. Le lendemain, elle passe pourtant une annonce «à caractère urgent» à l'ANPE. Clairmise postule, lui rappelle au téléphone qu'elle est passée la veille. Du coup, la patronne du salon n'a plus besoin de personne, elle croule sous les CV. Mais elle sera vite confondue par un testing effectué par une amie de la jeune coiffeuse éconduite. L'amie n'est pas coiffeuse, elle bluffe sur un CV identique à celui de Clairmise, se donne un nom bien français et obtient aussitôt un rendez-vous. L'ANPE conseille à la chômeuse noire de porter plainte pour discrimination. Direction du travail, gendarmerie, magistrats, tout le monde prend l'affaire au sérieux. En garde à vue, la patronne craque : «Ç'aurait posé des problèmes avec ma clientèle rurale. Je me sens mieux avec les gens de ma couleur. Je m'y suis peut-être mal prise pour refuser cette candidature.» A la question : «Etes-vous raciste ?», Huguette Rivaud répond : «Non, pas forcément.» Devant le juge d'instruction, elle confirme tout. Les lettres de clientes attestant qu'elle n'est pas raciste pour deux sous n'y changeront rien. «Le salon, c'est un lieu de vie, de lien social, s'empêtre son avocat. Les clientes, la plupart retraitées, passent jusqu'à quatre heures sur place et aiment être prises en charge par les apprenties du cru. C'est une prestation de service intime. A CV égal, on préférera une personne du coin.»
Cette justification du racisme ordinaire, sans haine apparente, manie l'euphémisme sous couvert d'une préférence locale qui est une autre forme de discrimination. «Le testing est désormais considéré par la jurisprudence et par les citoyens comme un procédé loyal, qui se démocratise. Les victimes l'utilisent spontanément, se réjouit Samuel Thomas, vice-président de SOS Racisme, partie civile. A Rennes, dans une affaire similaire de discrimination dans un salon de coiffure, l'instruction a duré cinq ans. Dans le cas présent, tous les services de l'Etat ont été exemplaires, et c'est très très rare. L'ANPE vérifie, suspend l'offre, l'inspection du travail vérifie auprès de l'agence pour l'emploi, au salon de coiffure. La gendarmerie met en garde à vue et obtient les aveux. Et la première audience a lieu quatre mois après les faits. Ce qui permet de dire aux victimes : ayez confiance en la République pour défendre vos droits ! Quant à la sanction, c'est la seule pédagogie possible.»
Le parquet réclame 3 000 euros d'amende dont 1 000 avec sursis et obligation de suivre un stage de citoyenneté. Jusqu'au délibéré, le 17 juillet, les clientes du salon se feront faire leur couleur comme si de rien n'était.
http://www.liberation.fr/page.php?Article=392553



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