Moulin-Rouge
«Les gens de couleur? En cuisine…»
Une nouvelle fois, SOS-Racisme poursuit un employeur – célèbre – pour discrimination raciale
Ce jour-là, François Masson n’en croit pas ses oreilles.
Conseiller d’insertion d’une mission locale pour l’emploi de Paris, il reçoit,
le 16 novembre 2000, une offre d’emploi du Restaurant du Bal du Moulin-Rouge:
«Cherche commis de salle âgé de 18 à 22 ans, débutant, acceptant de travailler
de 17 heures à 1 heure du matin.» Ça tombe bien, le conseiller a justement en
face de lui un jeune Sénégalais, Abdoulaye Marega, 22 ans, qui vient d’achever
une formation de commis de salle. Sur-le-champ, François Masson appelle
Micheline Beuzit, son interlocutrice au Moulin-Rouge. A priori séduite par le
profil du jeune homme, elle se tait soudain quand elle apprend qu’il est
sénégalais, avant d’expliquer: «Nous ne prenons pas d’étrangers en salle, enfin
des Européens, oui, mais pas des gens de couleur. Les gens de couleur sont en
cuisine.» «Je ne pouvais pas laisser passer ça, raconte Masson. J’ai tout de
suite appelé SOS-Racisme.»
Aussitôt, la machine SOS se met en marche pour faire la preuve de la
discrimination. Dix jours plus tard, Abdoulaye Marega se présente au
Moulin-Rouge. A sa demande d’embauche, le maître d’hôtel répond: «Ça va pas
être possible», avant de déchirer le CV du jeune homme. Un peu plus tard,
François Masson, en présence d’une autre conseillère de la mission locale,
appelle de nouveau Micheline Beuzit. Cette fois, les micros sont branchés.
«Nous ne prenons pas de commis de salle de couleur, éventuellement en cuisine»,
répète-t-elle. Fin janvier 2001, nouveau coup de fil à Micheline Beuzit, en
présence cette fois-ci de Samuel Thomas, le vice-président de SOS-Racisme, et
d’une caméra cachée. Même réponse, avec, en substance, cette explication: «Pour
qu’il y ait une bonne entente entre les serveurs, il ne faut pas mélanger tout
le monde.»
SOS-Racisme saisit l’inspection du Travail, qui constate qu’effectivement il
n’y a aucun serveur de couleur dans la salle. Une équipe de FR3 fait le même
constat. Cette fois, SOS-Racisme porte plainte. Le vendredi 4 octobre, André
Poussimour, le président de l’Association du Restaurant du Bal du Moulin-Rouge,
et Micheline Beuzit comparaîtront devant la 31e chambre correctionnelle de
Paris, le premier pour discrimination raciale et refus d’embauche, la seconde
pour complicité.
Martine Gilson / Mgilson@nouvelobs.com



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