Caméras embarquées pour testing choc
La justice française semble
encore réticente à considérer le testing comme une démarche valable dans
l’établissement d’une preuve de discrimination raciale. L’équipe du magazine
d’investigation Pièces à conviction, sur France 3, n’a pas ces préventions.
Elle fait sienne une pratique d’enquête sur le terrain développée depuis 1996
par Sos racisme : avec une caméra (souvent cachée), les enquêteurs foncent au
guichet de sociétés de recrutement de personnel, dans les agences
immobilières ou à la porte des discothèques, pour bien démontrer l’évidence :
le candidat noir ou arabe est systématiquement recalé, tandis que
simultanément le candidat blanc est bien accueilli. Cela en devient une
rengaine presque lassante, à force de répétition.
Au vu de ces flagrants délits, les enquêteurs de France 3 demandent, non plus
aux simples exécutants (vigiles et employés) mais aux directions : y a-t-il
des consignes précises ? S’agit-il de cas isolés ou plutôt d’une pratique
généralisée ? Les pièces à conviction qui s’accumulent en ce sens tout au
long de l’émission accusent. Se pose dès lors aussi la question des sanctions
possibles et de leur efficacité.
Contourner les discriminations, partir à l’étranger, ou se
battre ici sans relâche ?
Sur le plateau d’Elise Lucet, Louis Schweitzer, le président
de la toute nouvelle Haute autorité de lutte contre les discriminations et
pour l’égalité (Halde), a fort à faire. Car derrière cette “belle
initiative”, dit France 3, “pour ceux qui souffrent tous les jours,
rien ou trop peu a été fait… ”.
Et les personnes discriminées, parmi lesquelles de nombreux titulaires de
diplômes supérieurs et de sérieuses qualifications professionnelles,
n’entendent plus “masquer au maximum leurs origines” pour être acceptées.
Afin de contourner la discrimination, des sociétés se sont spécialisées dans
le recrutement des Français issus de l’immigration, pratiquent le coaching à
l’américaine.
D’autres, tel Hamid Senni, se sont exilés à la City de Londres, où ils ont
l’impression de se voir enfin reconnus, et rêvent d’importer le modèle
anglo-saxon de la diversité au sein des entreprises françaises.
Laurent Gabaroum, quant à lui, 54 ans, Français d’origine tchadienne,
continue de se battre chez Renault contre le blocage de sa carrière.
Officiellement cadre au service après-vente, il est en réalité sans
affectation. Et si Renault a été condamné à 120 000 euros de dommages et
intérêts, le Conseil des Prud’hommes n’a pas reconnu la discrimination
raciale. Le plaignant a fait appel.
Mogniss
H. Abdallah
Agence IM'média
[21/02/2006]
Mots-clés : télévision, discrimination, racisme
Repères :
Couleur correcte exigée, le 24 février 2006 sur France 3 à
23h40.
La tête de l’emploi, Touche pas à mon appart !, Testing discothèque
: reportages-enquêtes de Fabrice Turpin et Olivier Fabien.
En plateau, débat animé par Elise Lucet avec Louis Schweitzer (Halde), Samuel
Thomas (Sos racisme), Khalid Hamdani (consultant en ressources humaines), Patrick
Malvaës (Syndicat national des discothèques et lieux de loisirs), Jean Perrin
(Union nationale de la propriété immobilière) et Marie-Flore Agbotton
(jusriste Bac + 5 au chômage).



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