On vous parle de l’affaire raciste du fichage dans laquelle est jugé le réseau d’intérim Adecco, 22 ans après les faits
Les deux anciens dirigeants de cette agence et l’entreprise elle-même sont jugées devant le tribunal correctionnel de Paris, jeudi 28 septembre, après plus de vingt ans d’une âpre bataille judiciaire, menée par les associations de lutte contre les discriminations, SOS Racisme et la Fédération nationale des amis. ‘ Maisons.
L’affaire débute en septembre 2000, lorsque Gérald Roffat, stagiaire chargé du recrutement, dénonce auprès de SOS Racisme les pratiques de cette agence du 14e arrondissement de la capitale, qu’il vient de quitter. Il affirme que chez Adecco Montparnasse, spécialisé dans le recrutement dans l’hôtellerie-restauration, les salariés noirs sont placés dans une catégorie à part.
Il décrit un vaste système de discrimination, dans lequel le responsable du recrutement associe à chaque intérimaire un code : « PR1 », pour « très bonne présentation physique et orale » ; “PR2”, pour « présentation moyenne » ; “PR3″, qui n’est pas clairement défini ; et « PR4 », soit « les noirs », résume Samuel Thomas, à l’époque président de SOS Racisme. C’est lui qui a recueilli le témoignage de Gérald Roffat et dirigé toute la procédure. Lorsqu’un client d’Adecco recherchait un intérimaire, “il pourrait alors mentionner : ‘Pas de PR4′”raconte l’ex-stagiaire de l’agence dans son témoignage écrit, où il dénonce un « tri ethnique ».
Entreprises utilisant cette agence «ne souhaitait pas que des Noirs soient recrutés à des postes trop visibles, en contact direct avec leurs clients», explicite Samuel Thomas. SOS Racisme a porté plainte début 2001 pour « discrimination raciale à l’embauche » et une information judiciaire a été ouverte.
Au début, la procédure avance rapidement. Le 30 janvier 2001, un huissier se présente dans les locaux d’Adecco Montparnasse pour se faire remettre la liste des intérimaires « PR4 ». En février, l’inspection du travail se rend à son tour à l’agence, et constate, en consultant les dossiers contenant les photos des intérimaires, que ceux dont les dossiers portent la mention « PR4 » sont presque tous noirs, et qu’aucun n’est blanc.
Lors de cette visite, le directeur de l’agence, Olivier Poulin, a admis « qu’il existe un phénomène de rejet et de discrimination raciale à l’embauche dans les exigences quotidiennes de certains de nos clients. De ce fait, nous essayons de déléguer nos intérimaires avec le critère ‘PR4’ à d’autres clients plus ‘accueillants” ». Des propos consignés dans le rapport de l’inspection du travail versé au dossier, que franceinfo a pu consulter. Au cours de l’enquête, plusieurs anciens employés de l’agence ont également confirmé l’existence de “l’équation ‘PR4 = intérimaires de couleur'”c’est précisé.
En février encore, et avec la complicité de SOS Racisme, France 3 a réalisé un entretien avec le directeur régional Ile-de-France d’Adecco, toujours archivé sur YouTube. Devant les caméras, elle nie catégoriquement l’existence d’un “fichier séparé” discriminatoire. Mais lorsque SOS Racisme l’interroge en caméra cachée, elle avoue que « la liste dressée par l’huissier existe ». Et continue : « C’est vrai que c’est une liste de personnes de couleur. Ce n’est pas une liste de discrimination : ces gars-là, ils travaillent, ils travaillent même beaucoup. Par contre, le matin, nous ne les envoyons pas au casse-canalisation sur certains chantiers ». Les deux séquences sont diffusées par la chaîne.
Dans les mois qui suivent, les témoignages d’employés et d’anciens employés d’Adecco se multiplient pour dénoncer des méthodes qu’ils jugent discriminatoires. En février 2001, SOS Racisme a été contactée par une ancienne responsable du recrutement ayant travaillé dans plusieurs agences d’intérim, qui affirmait que l’un des plus gros clients de l’entreprise, dans le secteur du spectacle, et pour lequel elle a travaillé entre 1997 et 1999, lui demandait lui « personnel principalement de type « européen » ». Lors d’une audition de police, dont franceinfo a consulté le procès-verbal, elle a précisé : “Pour les non-Européens, j’avais un quota d’environ 20 %.”



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